Hypopokhâgne à l'abandon...hypopokhâgne quand même, aha !
Juste une anecdote datant un peu, et sans grand intérêt:
Nous sommes le 8 décembre, période post-vacances de Noël, les journées sont banales et routinières et les nuits de moins en moins longues. Comme tout élève de prépa normalement constitué, je suis alors en totale interrogation quant à mon avenir (en fait, l'élève de prépa est tous les jours en plein questionnement sur son avenir): Sciences-po, pas Sciences po, Commerce, pas Commerce, Journalisme, pas Journalisme ? Je passe mes soirées dans les manuels de l'ONISEP alors que j'ai une khôlle le lendemain, mais j'ai bonne conscience. De la « perte de temps moins inutile », dirons nous. M'enfin perte de temps toujours, car tous ces feuilletages, ces googleages, ces recherches ne font qu'embrouiller l'esprit et douter encore plus.
Enfin. Ce 8 décembre, je passe donc une soirée ordinaire, et vais me coucher comme tous les soirs aux alentours de minuit. Je compte mes heures de sommeil, mince, encore moins de 6 heures, c'est pas cette nuit que je rattraperais l'énormissime déficit de sommeil engrangé depuis 7 semaines. Tant pis. Et puis je m'endors.
Et là -chose inhabituelle- je commence à rêver. Je me retrouve dans une immense salle, assis sur une chaise, devant une table, au milieu de centaines de tables. La lumière s'éteint, un film apparaît. Le film se termine, la lumière se rallume. J'ai désormais une feuille et un crayon en face de moi. Je dois répondre à des questions tout à fait stupides, et en plus je n'y arrive pas. Le rêve continue, rien ne se passe. Et là, monsieur P. arrive et me dit « Oui, oui, bah là...il faut y aller, hein, c'est le concours de Séné, une des plus grandes écoles de journalisme de Bretagne! ».
Fin du rêve.
Je suis débile, et mes rêves encore plus. L'élève de prépa est claustrophile: chaque jour un peu plus, il essaye de sortir de sa fichue bulle sans jamais y parvenir.
Je crois que...je crois que si l'on devait choisir un personnage emblématique, un personnage charnière, un personnage représentant l'hypokhâgne, et bien ce serait Karl Marx. Et ouais. Alors choix étrange, non, c'est juste que Monsieur P. c'était banal, et Jean Sarkozy pas sympa envers son pauvre papa. Non, non, contre vents, marées et tempêtes, Karl Marx remporte de loin le titre de Mister Hypokhâgne 2009-2010 (pour l'image, c'est un petit peu notre Geneviève de Fontenay à nous, voyez)
Alors pourquoi ? Et bien tout d'abord Marx apparaît comme le maitre des professeurs, qui n'en manquent pas une pour l'écrire en majuscule au tableau (« MARX ») ou l'évoquer en cours. Pas juste de temps en temps parce que la théorie marxienne sur tel ou tel thème serait dans le programme... Non, tout le temps. Vas-y que j'te Karl par-ci, vas-y que j'te Marx par là, vas-y que j'te sors que « la religion est l'opium du peuple » ou que « l'histoire de toute société jusqu'à nos jours n'a été que l'histoire de luttes de classes » à tort et à travers. Je me suis toujours demandé, tiens...vous croyez, vous, que les profs ont un autel à l'effigie de Karl Marx dans la salle des profs ? Avec des petites bougies partout, des photos de lui dans toutes les positions, dans le plus simple appareil et tout, et qu'ils vont s'y recueillir à chaque récré ? Nan, franchement, c'est pas impossible hein. On parle de Marx en éco (beaucoup!), en philo (beaucoup!), en allemand (enfin c'est pas encore arrivé, mais il était allemand quoi), et en histoire (?). Il y a vraiment de quoi se demander, parfois...qu'est ce qu'il a bien pu leur faire, le Karlito ?
La première fois que j'ai entendu parler de Marx, c'était à Berlin. Début novembre, temps d'automne sur la capitale, et « rallye sur Unter den Linden ». A l'époque, avec nos esprits supérieurs, on avait divisé notre groupe en 2: un qui fait le trottoir gauche, l'autre qui fait le trottoir droit (faire le trottoir dans le sens "les monuments", hein...AHEM). En fait, ça diminuait le risque de se faire écraser en traversant. Enfin tout ça pour dire qu'on avait un questionnaire à remplir, et là on arrive devant une place étrange, avec deux grosses statues de pierre assez moches, représentant deux gros barbues. Et on eut beau chercher, impossible de trouver un quelconque écriteau ou panneau les décrivant. Alors, résigné, on demanda à un allemand qui les contemplait et nous répondit « Bah Marx und Engels ! » (oui, je ne sais pas faire les onomatopés en allemand) d'un air indigné et scandalisé comme j'en ai peu revu depuis. Honteux, nous repartîmes sans broncher, en nous disant que c'était peut-être bien ça, l'amour patriotique ! Nous en France on avait Marcel Prout, bon, les statues à son effigie ne courent pas les rues.
En fait, venons-en. Marcel Proust il était plutôt moustache, et après ce genre d'observations, j'en conclus que la moustache est, (même si c'est difficile à admettre) moins populaire que la barbe. C'est tout.
La barbe de Marx, c'est quelque chose quand même. Chabal, Jesus Christ, Dickens ses coco potes Castro et Lenine, ou bien le Père Noël lui envient encore sa tignasse ! Plus que la légende de son oeuvre, c'est celle de sa barbe qui prévaut, le Times a d'ailleurs écrit que « la gloire de sa barbe a toujours continué à pousser ».
Alors quitte à s'afficher à la mode Karl Marx, à distribuer des tracts à l'effigie du monsieur, tiens comme le faisait si bien Dujardin avec René Coty, je crois qu'il faut aujourd'hui cesser tous les tabous, les « oh mais il est communiste, il veut la révolution » machin chouette... Et bien non ! Du tout. Karl Marx, c'est rien que le précurseur de la nouvelle mode automne-hiver. Alors n'ayez plus honte, osez la barbe !
A bien entendre, quel est le plus grand problème de l'Homme ? Les limites de sa raison ? le problème de l'amour...? Et bien le problème de l'étudiant de prépa apparait lui, tout autre.
En effet, sa vie se résume exclusivement et inévitablement à une
lutte contre la perte du temps. Plus chargé encore que celui du respectable 1er ministre, son emploi du temps est un génocide: 32 heures de cours, 4 heures de devoir surveillé par semaine
sans compter les khôlles après les cours , 3 heures (minimum selon messieurs les professeurs) de travail personnel tous les soirs et 8 heures par week end. Conséquence inéluctable, l'élève de
prépa ne dort plus, mange des steacks frites tous les midis, ne sort plus, ne parle plus à ses parents, ne se lave plus, et vit dans une grotte avec des cailloux comme seule compagnie
(?).
Cet élève n'a au final qu'une envie: se faire la malle et aller en fac. La fac, l'utopie hypokhâgneuse où il pourra à loisir dormir jusqu'à 11 heures tous les matins, regarder des séries américaines débiles sans culpabiliser, garder un semblant re réseau social, aller sur facebook pendant les cours et sortir non pas le jeudi soir mais tous les soirs !
Bon. En attendant, rien de ça. Celui-ci passe sa vie au lycée, rentre chez lui à 19h, a un semblant de vie familiale pendant le diner, et se couche aux alentours de minuit. Réveillé à 6h14 par le jingle de France Info (entendons que je parle ici d'un élève de prépa normal, habitant en campagne et non en face du lycée!), son sommeil ne dépasse que très rarement les 6 heures par nuit. D'où ces images choquantes d'élèves tout simplement endormis en cours, pied de nez à l'Éducation nationale, car la prépa est également une lutte continuelle contre le sommeil, et pas des moindres.
C'est donc dans ce cas de figure qu'il choisira le sommeil, au détriment du travail ! Comble de l'apprentissage, tout de même, lorsque Monsieur P. nous dit « ne révisez surtout pas ma matière ! Non, dormez ».
Alors que sommes nous censés faire, dites ? Travaillez le soir pour ensuite dormir en cours, ou ne rien faire le soir et dormir afin de pouvoir suivre en cours ? Rha, la frustration.
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